lundi 16 juin 2008

L'Europe fiscale malmenée

La victoire du Non en Irlande devrait réjouir tous ceux qui sont partisans d’une autre Europe. Cette Europe-là, nous étions quelques-uns à en rêver, lors du débat interne qui a mobilisé les socialistes en 2004. J’étais de ceux-là, parcourant le département pour faire valoir les arguments d’une Europe plus sociale et plus démocratique. Puis les militants socialistes ont tranché.
Malgré le souvenir de ces débats parfois houleux, souvent passionnants, je ne peux pas taire mon malaise actuel. Car si nous étions nombreux à brocarder les « règles » d’une concurrence libre et non-faussée qui prévalent dans l’Union européenne, le Non irlandais met en lumière d’autres moteurs. En effet, l’argument de la préservation d’une indépendance fiscale a joué à plein. E c’est bien là le fond du problème.
Dans l’Europe des 27, l’Irlande, avec Chypre et le Luxembourg, est le symbole du dumping fiscal. Et social. Faut-il rappeler qu’avec un taux de 12,5%, l’impôt irlandais sur les sociétés est l’un des plus bas de notre continent. Un appel d’air pour les sociétés qui n’hésitent à se délocaliser et à revoir à la baisse les conditions sociales de leur salariés. Les pratiques de Ryanair, compagnie aérienne à bas coûts basée en Irlande, sont une illustration assez précise des dérives de ce système. Bref, si nous dénoncions, au nom du NON, la concurrence libre et non faussée, c’est pour préserver ces mêmes règles (ou cette même absence de règles) que les Irlandais ont avant tout rejeté le traité de Lisbonne. Car tant que l’unanimité sera la règle, les paradis fiscaux pourront poursuivre leur travail de sape.
Aujourd’hui, les promoteurs d’une Europe plus sociale doivent avant tout se mobiliser contre toutes les manifestations du dumping fiscal. Incontestablement, c’est le chantier le plus urgent. Tant que cette concurrence fiscale se poursuivra, nous assisterons, impuissants, à des délocalisations brutales au sein de l’espace européen, nous verrons s’aggraver la paupérisation des Etats et donc le recul des services publics.
L’urgence sociale passe donc par la mise en œuvre d’un impôt européen sur les sociétés. Avec un tel outil, l’Europe retrouvera une crédibilité. Plutôt que de faire le grand écart, en concentrant ses aides dans les pays-membres les moins regardant sur le plan social… Comme elle l’a fait avec l’Irlande, principal bénéficiaire des fonds Feder et de la Politique agricole commune.

5 commentaires:

Chris de Servant a dit…

Ton commentaire sur le "non" Irlandais met le doigt principalement sur deux travers de l'Europe d'aujourd'hui, à savoir : la politique sociale et le dumping fiscal. Tu cernes bien le problème, mais sont-ce vraiment les causes d'une majorité de "noniste" ? Les Irlandais, comme les Français et les Néerlandais montrent une certaine défiance surtout par rapport au texte,je crois.
Le traité de Lisbonne étant le fils de feu le projet de constitution Européenne, lui même descendant en ligne direct d'un "brainstorming savant" où Giscard était en bonne place, comment décripter le "bébé" à l'arrivée ??
Pour le commun des mortels c'est du "charabia", du "volapük", ou que sais-je, mais ce n'est pas un document abordable, c'est une copie où l'on cherche le piège et dans le doute, je dirais que c'est un "non" de précaution qui l'emporte à l'arrivée.
Par contre il est vrai que nous ne pouvons pas jouer la même musique, si nous n'avons pas la même partition!!!
Tant que l'instauration d'une harmonisation de la fiscalité et des protections sociales (et pas par le bas), ne sera mise en place, il restera quelques zones de "non droit" dans la communauté, et cela est intolérable, inadmissible.
Sans vouloir faire dans le pathos,je pense que notre côté "humaniste" d'hommes de gauche, voulant l'Europe des peuples ne pèse pas lourd face à l'Europe des capitaux, du fric.
C'est un combat important pour le vingt et unième siècle, un de plus, chacun à notre niveau, continuons la pédagogie autour de nous.
Prochain épisode, présidence Française, ça va pas être triste !!!

A suivre...

antoinette a dit…

Outre le fait que l'organisation et les instances de la Communauté Européenne sont ce qu'il y a de plus antidémocratique,on en vient toujours au problème social et donc économique. A mon avis les dés sont "pipés" dès le début, les décisions sont toujours dictées par la préservation des intérêts capitalistes; la fiscalité me semble être qu'un aspect marginal: même si cette harmonisation était instaurée les délocalisations intra européennes seraient peut-être atténuées, mais le droit du travail? n'est-ce pas aussi une des causes essentielles des délocalisations? non décidémment il faut aller au fond du problème, quelle éthique humaniste va t-on instaurer?

CHRIS DE SERVANT a dit…

Ma chère Antoinette, comme moi vous faites l'amer constat que nous ne sommes plus un peuple démocratiquement gouverné, mais un cheptel économiquement exploité au profit d'une minorité.
Un de nos premiers objectifs, en tant qu'opposants à ce style de société, est de suciter une prise de conscience plus grande et par la même, une volonté d'action.
Il y a des décennies que la promesse a surpassé la menace comme premier instrument de contrôle et que la corruption s'est avérée plus efficace que la violence.
La richesse se confond maintenant pratiquement avec le pouvoir. Ajoutons a cela pour finir de brosser le tableau, la main mise sur les médias, nerf de la guerre s'il en est.
Il ne faut cependant pas baisser les bras,aucune bataille n'est perdue avant d'être livrée.
Remettons l'homme au centre du système, du moins essayons !!!!

A vous relire......

antoinette a dit…

Ah oui mon cher Chris, il s'agit bien de l'homme (avec un grand H)Il est aussi vrai que l'"harmonisation" est un joli mot alors qu'il s'agit de niveler par le bas en ce qui concerne les garanties sociales; non il ne faut pas baisser les bras, mais seul on ne peut rien, alors qu'est-ce qu'on fait? faut-il attendre que les éléphants, voire les mammouths décident de s'intéresser à autre chose qu'à leur avenir politique et cessent de triturer les mots et les idées pour faire croire au petit peuple qu'ils œuvrent dans son intérêt? (je suis en colère)!

CHRIS DE SERVANT a dit…

La colère est mauvaise conseillère dit un vieil adage populaire, mais la colère est souvent la seule solution pour évacuer l'agression quotidienne des tracas de la vie. Cette faculté de s'insurger contre toutes les injustices est une qualité en voie de disparition, car il éxiste quoi que l'on en dise un formatage de l'opinion qui tend à dégouter la base de s'investir dans la "chose" publique.
Alors, la politique réservée à une élite ? Je suis assez loin de le penser, quoi qu'il est plus facile d'être élu si l'on est fils de, ou dans le bon parti au bon moment.
Alors quoi faire ? Comment faire avancer les idées et surtout les actes ? N'avons nous que notre bulletin de vote a faire valoir ?

L'alternance ne se fera que si l'on prend en compte les problèmes des français et de la France dès aujourd'hui. La bataille ne se gagnera pas si l'on résume la situation à une campagne électorale ou à une ambition personnelle!!

A suivre...